Trois policiers pour venir à bout d’un pétage de plomb

Dimanche 23 avril 2017 à 22 h 10, la foule est intense dans Lons-le-Saunier. Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle sont connus. Rue Émile Monot, une Ford Fiesta conduite par Joëlle reste immobile devant le feu tricolore pourtant passé au vert. Une voiture de police en patrouille constate les faits. Les policiers veulent lui demander de ne plus obstruer la circulation.

Joëlle écoute de la musique, accompagnée d’un passager. Les policiers arrivent à sa hauteur pour lui parler, mais elle ferme les portes et met le son à fond, puis fume une cigarette de fabrication artisanale. Un policier tente de passer sa main par une petite ouverture de la fenêtre arrière, mais elle la remonte et lui coince les doigts. Joëlle rentre dans un état de colère intense, crie, danse sur son siège, insulte les policiers, leur fait des doigts d’honneur. « Je vais lui casser une bouteille sur la tête si il ouvre la portière ». L’autorisation de briser une vitre est demandée à la hiérarchie et acceptée.

Ils parviennent à ouvrir la portière de la conductrice. La réaction est exponentielle, Joëlle montre une résistance farouche à l’égard des policiers. Ils doivent s’y prendre à trois pour la sortir du véhicule et la plaquer au sol pour la menotter. L’entrée dans la voiture des policiers est toute aussi périlleuse, elle tend les jambes pour ne pas y rentrer, mord un policier qui veut lui mettre la ceinture de sécurité. Les insultes continuent de fuser.

Arrivée à l’hôpital, Joëlle se traine au sol pour échapper aux contrôles. Du cannabis est trouvé dans son véhicule à hauteur de 1.87 g. Un policier témoigne : « Elle paraissait complètement défoncée avec son partenaire ». De retour de Lyon, elle racontera qu’elle avait été « énervée par des gens sur la route ». Elle s’était rebellée par rapport à sa journée, sa situation personnelle, une séparation deux mois avant et le résultat du premier tour de la présidentielle. Une combinaison explosive de beaucoup de choses et surtout la peur d’être enfermée. « J’ai juste agis pour me défendre. C’était une action pacifique. J’ai pris l’intervention comme une agression. Je ne me rappelle pas avoir mordu le policier ».

L’enquête démontrera que la voiture était immobilisée suite à la crevaison d’une roue, après avoir percuté un terre-plein. Les contrôles ont été positifs au cannabis. Joëlle fume depuis l’age de 17 ans, elle en a 25. Elle est suivie par un psychologue et un médecin depuis deux mois.

Convoquée devant le tribunal de Grande Instance de Lons-le-Saunier vendredi 13 octobre 2017, le Ministère public lui demande : « Est-ce qu’il vous arrive souvent de ne plus vous raisonner? ». La réponse est timide : « Non, c’était exceptionnel ». Résidente chez sa maman, sans enfants. Paysagiste intérimaire, petite et fluette, on a tous du mal à s’imaginer les faits qui lui sont reprochés.

Pourtant, le tribunal rappelle ses déclarations : « J’ai effectivement fait de nombreux doigts d’honneur aux policiers, ça m’a fait plaisir sur le moment ». Deux patrouilles ont été mobilisées pour en venir à bout. Son passager rencontré peu de temps avant, a déclaré lors de son audition ; « J’avais peur de ce qu’elle pouvait faire ».

Le Ministère public intervient: « Même si elle est en révolte contre la société, on ne peut pas tolérer de l’on se comporte ainsi ». Les avocats des policiers interviennent à leur tour : « Au soir du 1er tour de la présidentielle, elle alternait les doigts d’honneur et a déclaré qu’elle voulait leur dire qu’elle les emmerdais. Les policiers étaient parfaitement légitimes à intervenir ».

Le Ministère public reprend la parole : « Quand je la vois, j’ai du mal à réaliser que l’on a pu en arriver là. Elle a un petit gabarit mais il a fallut trois policiers pour la sortir de sa voiture et la plaquer au sol. Elle a remonté volontairement la vitre. Ils ont eu beaucoup de mal à la rentrer dans la voiture de police et elle a mordu un fonctionnaire. Je doute que son comportement est révélateur d’une émotion particulière. C’est un mal-être général lié à la consommation de stupéfiants. Elle risque d’avoir du mal à s’en sortir et risque de replonger.

Avec aucune condamnation avant l’audience, il est demandé l’application de deux mois de prison avec sursis, 105 heures de travaux d’intérêts généraux et l’obligation de soins pour calmer son impulsivité.

Le tribunal après délibération, suit le Ministère public pour la prison avec sursis, les TIG et les soins. La juge explique à Joëlle que si elle effectue avec perfection les 105 heures de TIG, les deux mois de prison avec sursis s’annuleront. Mais si il se produit des problèmes graves, elle devra faire les deux mois de prison. Elle doit également payer 1500 euros en totalité, cette somme comprend des dommages et intérêts pour ses agissements envers les policiers.

Joëlle est un prénom d’emprunt.

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