« Refuser la prostitution comme on a un jour refusé l’esclavage »

Luter contre la prostitution, la refuser « comme on a un jour refusé l’esclavage et travailler à sa disparition ». C’est la mission que s’est fixé l’association nationale « Le Mouvement du Nid » depuis sa création en 1937.

Ses actions sont d’aller à la rencontre et recevoir les personnes prostituées. Si elle acceptent son aide, elle peuvent bénéficier d’un accompagnement, d’une présence à leurs côtés. Pour quitter la prostitution, engager des démarches d’accès à la justice et aux soins. Pour tenter de réduire la fréquence de ces actions, d’autres sont effectuées en amont pour permettre de changer le regard sur les prostituées auprès des jeunes et le grand public. Elle permet aussi la formation des acteurs sociaux médicaux et juridiques.

Le Mouvement du Nid est constituée de plus de 30 délégations en France. Face à elle, 37 000 personnes prostituées dont 93% des victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelle sont d’origine étrangère. Les femmes représentent 85% des personnes prostituées, 10% les hommes; 5% les transgenres. Dont 43% ont moins de 30 ans. Internet permet à 62% de se prostituer, 30% dans la rue; 8% dans les bars à hôtesses, les salons de massage. Leur espérance de vie se situe autour de 40 ans.

Du lundi 20 novembre au vendredi 1er décembre 2017, Infos Jeunesse Jura situé au 17 Place Perraud à Lons-le-Saunier, présente une exposition où vous pouvez lire témoignages de personnes prostituées, des visuels de campagnes créés par le Mouvement du Nid. Les préjugés autour de la prostitution, la réalité, les conséquences. Cette exposition permet d’ouvrir le débat auprès des publics jeunes, adultes, tous les citoyens désireux de faire reculer « l’esclavage moderne« . Des livres sont à la vente, de nombreux renseignements sont à disposition.

Claire Koening, représentante de la délégation du Doubs, basée à Besançon partage la motivation de l’équipe : « lutter contre les causes et les conséquences de la prostitution. En allant à la rencontre des personnes par le biais de maraudes sur les lieux de prostitution. On essaie de lier un lien de confiance avec elles  et les accompagner sans impératif. Notre but ultime est de leur trouver une alternative à la prostitution car la première cause est la précarité. Une fois cette étape atteinte, elles vont en sortir. Nous engageons alors un processus global sur les problématiques économiques, sociales et sanitaires. On les emmène chez le médecin, les aidons à monter les dossiers pour la couverture maladie universelle. Engager des demandes de papiers pour les personnes d’origine étrangère ».

« Nous organisons deux journées de mobilisation par an auprès du grand public. Le 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences à l’égard des femmes. La seconde le 8 mars, journée pour les droits des femmes. Cette exposition a pour but de faire comprendre que la prostitution est une forme de violence. On se trouve avec de nombreuses femmes victimes d’agression sexuelles, impactées par un syndrome de stress post-traumatique qui vont engendrer encore tout un tas d’autres problèmes, au niveau mental et physique. Les personnes originaires de l’est sont pour la plupart dans la précarité. Elles sont invitées à venir travailler en France sans préciser la nature du travail. Elles s’endentent pour venir en France et contractent des dettes, obligées de se prostituer sous la contrainte. Pour la plupart déjà mères, elles ont une contrainte de plus. Aider leur famille restée au pays et participer à l’éducation de leur enfant. Les proxénètes profèrent également des menaces de mort envers les enfants ou les familles proches des prostituées. Elles restent sous leur emprise. La Roumanie et la Bulgarie sont particulièrement concernées en ce qui concerne la prostitution sur Besançon. D’autres pays sont concernés sur le territoire français ».

« Il y a plusieurs formes de prostitution. Nous avons déjà parlé de la précarité. On se rend compte aussi que de jeunes femmes étudiantes qui se prostituent ont des antécédents de violences sexuelles subies au cours de leur enfance ou leur adolescence. Ces violences brisent l’estime de soit, ce sont des femmes « plus à même » d’accepter de nouvelles violences sexuelles en les banalisant. Pour elles, la sexualité ne fait plus partie de quelque-chose d’intime, mais de quelque-chose qui peut servir à un autre mais qui n’est plus pour soit. Il y a toute une dimension psychologique. Même problème avec des victimes d’attentats ou un accident très grave, où les personnes vont avoir des flash-back ».

« Pour éviter cela, le cerveau va avoir un mécanisme de défense en construisant une mémoire post-traumatique. Pour éviter de réactiver sans cesse cette mémoire traumatique (elle se réactive à chaque fois qu’un stimuli rappelle l’agression, cela peut être un bruit, une odeur, un geste comme la main devant la bouche), le corps fait d’instinct, donc inconsciemment, un mécanisme de survie, cela s’appelle la dissociation. Il se coupe complètement de ses émotions, c’est la disjonction qui permet à la victime de ne plus rien ressentir de ses sentiments positifs ou négatifs. La victime va se trouver comme anesthésiée. Énormément de personnes nous en parle. La prostitution découle de ça. Se prostituer, c’est vivre de nouveau l’agression sexuelle pour se disjoncter, se dissocier et ne pas réactiver la mémoire traumatique ».

« La drogue, l’alcool, les médicaments, sont liés à la prostitution. Ils permettent aux personnes en grande détresse de se couper de leurs problèmes. On peut aider les personnes à porter plainte. On peut proposer un accompagnement en partenariat avec des associations. Héberger les personnes dans les lieux anonymes et sécurisés pour les isoler complètement de la prostitution et de leur proxénète ».

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